Le Renard et les Raisins - Quiz
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La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le Boeuf
Fable 3, livre 1
Une Grenouille vit un Boeuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un oeuf,
Envieuse, s'étend(1), et s'enfle, et se travaille(2),
Pour égaler l'animal en grosseur,
Disant : "Regardez bien, ma soeur ;
Est-ce assez ? dites-moi ; n'y(3). suis-je point encore ?
- Nenni(4). - M'y voici donc ? - Point du tout. - M'y voilà ?
- Vous n'en approchez point.". La chétive(5) pécore(6)
S'enfla si bien qu'elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages(7).
(1) S'étire en tous sens pour prendre du volume.
(2) Fait des efforts; littéralement: se torture. Le travail était au Moyen Âge un instrument de torture; c'est encore aujourd'hui une charpente destinée à maintenir les chevaux rétifs lorsqu'on les ferre.
(3) Noter la répétition du pronom adverbial "y" représentant: "égaler l'animal en grosseur".
(4) Négation archaïche (non-il), qui apporte un air de familiarité.
(5) Étymologiquement: prisonnière (captive); d'où: vile, méprisable.
(6) Bête
(7) Au XVIIe S., le service des pages (jeunes nobles de 7 à 14 ans attachés à une grande maison) est rare et réservé aux rois ou aux princes du sang. Nous avons donc là une preuve de la vanité des marquis (gouverneurs des provinces frontières ou marches dans la féodalité) dont le titre était fort dévalué en 1668, les satires de Molière en témoignent.
Source de ces notes: Fables. Paris : Bordas, 1985
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Le Lion amoureux
Fable 1, livre IV
À MADEMOISELLE DE SÉVIGNÉ(1)

Sévigné, de qui les attraits
Servent aux Grâces de modèle,
Et qui naquîtes toute belle,
A votre indifférence près,
Pourriez-vous être favorable
Aux jeux innocents d'une Fable,
Et voir, sans vous épouvanter,
Un Lion qu'Amour sut dompter ?
Amour est un étrange maître.
Heureux qui peut ne le connaître
Que par récit, lui ni ses coups !
Quand on en parle devant vous,
Si la vérité vous offense,
La Fable au moins se peut souffrir(2) :
Celle-ci prend bien l'assurance
De venir à vos pieds s'offrir,
Par zèle et par reconnaissance.
Du temps que les bêtes parlaient,
Les Lions entre autres voulaient
Etre admis dans notre alliance.
Pourquoi non ? puisque leur engeance
Valait la nôtre en ce temps-là,
Ayant courage, intelligence,
Et belle hure outre cela.
Voici comment il en alla :
Un Lion de haut parentage(3),
En passant par un certain pré,
Rencontra Bergère à son gré :
Il la demande en mariage.
Le père aurait fort souhaité
Quelque gendre un peu moins terrible.
La donner lui semblait bien dur ;
La refuser n'était pas sûr ;
Même un refus eût fait possible
Qu'on eût vu quelque beau matin
Un mariage clandestin.
Car outre qu'en toute manière
La belle était pour les gens fiers,
Fille se coiffe(4) volontiers
D'amoureux à longue crinière.
Le Père donc ouvertement
N'osant renvoyer notre amant(5),
Lui dit : "Ma fille est délicate ;
Vos griffes la pourront blesser
Quand vous voudrez la caresser.
Permettez donc qu'à chaque patte
On vous les rogne, et pour les dents,
Qu'on vous les lime en même temps.
Vos baisers en seront moins rudes,
Et pour vous plus délicieux ;
Car ma fille y répondra mieux,
Etant sans ces inquiétudes.
Le Lion consent à cela,
Tant son âme était aveuglée !
Sans dents ni griffes le voilà,
Comme place démantelée.
On lâcha sur lui quelques chiens :
Il fit fort peu de résistance.
Amour, Amour, quand tu nous tiens
On peut bien dire : "Adieu prudence."
(1) La fille de la marquise de Sévigné: celle-ci trouvait les fables "divines". La future Mme de Grignan, âgée de 23 ans au moment de cette fable, était réputée pour sa beauté, mais aussi pour sa froideur. Elle épousera le comte de Grignan en 1669.
(3) Lignage
(4) Double jeu de mots dans les vers 39-40: se coiffe (s'éprend) annonce crinière, allusion à la fois aux lions et aux élégants à longues perruques.
(5) Prétendant
Source de ces notes: Extraits de Fables. Paris : Bordas, 1985
Un petit jeu du pendu - Pouvez-vous découvrir les 5 mots proposés??
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Le Lièvre et la Tortue
Fable 10, livre VI
Rien ne sert de courir ; il faut partir à point(1):
Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
Sitôt que moi ce but. - Sitôt ? Etes-vous sage ?
Repartit l'animal léger(2).
Ma commère(3), il vous faut purger
Avec quatre grains d'ellébore.
- Sage ou non, je parie encore.
Ainsi fut fait : et de tous deux
On mit près du but les enjeux :
Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,
Ni de quel juge l'on convint.
Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ;
J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint
Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes(4),
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D'où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de Sénateur.
Elle part, elle s'évertue(5) ;
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
Tient la gageure à peu de gloire,
Croit qu'il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s'amuse à toute autre chose
Qu'à la gageure. A la fin quand il vit
Que l'autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit
Furent vains : la Tortue arriva la première.
Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi, l'emporter ! et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?
(1) Ce proverbe se trouve déjà dans Rabelais (Gargantua, chap.21). Gargantua, semoncé par Ponocratès, allègue une maxime de son précepteur précédent, Tubal: "Ce n'est tout l'avantage de courir bien tôt, mais bien de partir de bonne heure."
(3) Terme familier, souvent employé dans les Fables.
(4) Locution proverbiale: à jamais; à la saint-glin-glin. Les calendes étaient le premier jour du calendrier romain et ne figuraient pas dans le calendrier grec; l'expression complète est: "aux calendes grecques"..
(5) Fait des efforts.
Source de ces notes: Extraits de Fables. Paris : Bordas, 1985