Le Lièvre et la Tortue - Mots croisés - trouver l'infinitif
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Le Corbeau et le Renard
Fable 2, livre 1
Maître(1) Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard(2) , par l'odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
"Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau(3) .
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage(4)
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix(5) des hôtes de ces bois."
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s'en saisit, et dit : "Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. "
Le Corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.
(1) À l'origine, dans les corporations, titre obtenu après l'apprentissage et l'accomplissement d'un "chef-d'oeuvre"; également titre universitaire: maître ès arts; puis, par extension, employé avec le prénom, terme de respectueuse familiarité. Le fabuliste en use ici par ironie, puisque le Corbeau n'est qu'un sot.
(3) Expression doublement cérémonieuse, Monsieur s'employant pour les gens de qualité, et du Corbeau ayant une valeur plus expressive que Monsieur le Corbeau, par son analogie avec les formules nobiliaires. Ce respect, plus marqué que par maître, est démenti par le familier Mon bon Monsieur (v.13).
(4) Chant des petits oiseaux dans les rameaux: nouvelle ironie du Renard.
(5) Oiseau fabuleux qui renaissait de ses cendres, d'où: unique en son genre.
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La Fontaine dédie ses fables à « Monseigneur le Dauphin » qui avait six ans à l’époque. Le fabuliste alerte, dans le Préface de son livre de 1668, aux éléments essentiels à la formation des enfants qui, indifférents au bien et au mal, apprendraient la sagesse et la vertu grâce aux allégories.
Dans sa thèse de Doctorat, Renée Kohn observe que « Le Dauphin, le fils du roi, est pour le XVIIe siècle et ses illustres éducateurs, le symbole de l’enfance. C’est l’enfant du royaume qui a le moins le droit d’être enfant, c’est lui dont théoriquement on ne doit pas seulement faire un homme, mais dont on doit faire un roi » (KOHN, Renée. Le Goût de La Fontaine. Grenoble, Imprimerie Allier, 1962, p. 141.)
Le futur roi doit connaître le monde tel qu’il est, afin de ne pas être naïf et croire à ceux qui veulent lui tromper pour obtenir des bénéfices. D’où le rôle essentiel des fables pour la formation d’une personne.
Cela dit, on pourrait encore ajouter que sa présence dans la Littérature de Jeunesse et la tradition de raconter des fables aux enfants ne peuvent pas empêcher son exploit auprès des adultes, notamment en considérant les mots de La Fontaine : « L’apparence en est puérile, je le confesse ; mais les puérilités servent d’enveloppe à des vérités importantes » (LA FONTAINE, Jean de. Fables, Paris, Borbas, 1985, p. 33). Il faut ajouter que la fable classique n’était pas faite pour raconter aux enfants. C’est avec La Fontaine que ce genre passe à être approprié aux enfants et aux adolescents.